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  • Abhaya Meditation

Se traiter avec douceur



Cultiver Metta


Il y a quelques semaines, j’ai eu une très belle illustration de l’importance d’entraîner son esprit. Je travaillais avec un thérapeute sur l’empreinte physique et émotionnelle d’un traumatisme ancien. C’était une séance très intense et il était important pour le processus que je ne me déconnecte pas de mes sensations corporelles. A un moment donné, alors que je revivais une expérience de suffocation intense, qui s’imprimait fortement dans mon expérience corporelle actuelle et qui était complexe à accueillir, l’énergie de Metta, l’amour bienveillant, a spontanément surgi en moi. J’ai ainsi commencée à m’offrir des phrases de soutien et d’amour telles que «Je suis là», «Je t’aime», «Continue mon amour, tu peux y arriver», ce qui m’a permis de rester en présence de ce qui se passait dans mon corps et d’intégrer enfin ce qui pouvait et devait l’être.


C’était comme si une enveloppe protectrice d’amour et de bienveillance s’était constituée d’elle- même autour de moi, pour spontanément m’aider à traverser cette étape difficile, sans que j’ai besoin d’en formuler consciemment l’intention ou de faire preuve de volonté à ce sujet. Simplement parce que Metta est une de mes pratiques régulières, elle devient de plus en plus rapidement et spontanément la réponse par défaut de mon système. Cette pratique me permet de me traiter avec une infinie douceur, avec toute la patience nécessaire et toute la confiance dans le fait que les choses cheminent sereinement vers plus d’aise et de joie.



La nécessité d'un entrainement répété


C’est une chose que je ne cesse de répéter car elle est primordiale : le fait de faire preuve de douceur et de bienveillance vis à vis de soi-même et de son propre rythme. Chaque chose a sa temporalité, son temps d’éclosion et de maturation et ma volonté ne peut rien changer à ce processus. Si j’essaie d’ouvrir la chrysalide avant l’heure, je ne ferai pas naître le papillon plus vite ; je réduirai au contraire à néant tout espoir de le voir en sortir un jour vivant. Je ne peux pas guérir plus vite que le temps de mon corps et de mon esprit; de même, je ne peux pas obtenir telle ou telle expérience de méditation si les causes et conditions ne sont pas réunies.


Dans le Potthapada Sutta, le Bouddha rappelle que les phénomènes sont dépendants de causes et de conditions mais aussi de l’entraînement de l’esprit : «Les perceptions apparaissent et cessent en fonction de causes et de conditions. Certaines perceptions apparaissent grâce à l’entraînement et d’autres disparaissent grâce à l’entraînement.» Le discours évoqué développe cela en renvoyant à d’autres Suttas qui, les uns imbriqués dans les autres, permettent d’approfondir le type d’entraînement dont le Bouddha parle et d’expliquer le chemin menant à un comportement moral vertueux.


Un exemple simple et concret d’un de mes enseignants, Charles Genoud, éclaire bien cela à mes yeux : Imaginez vous en retraite de méditation. Le repas est servi sous forme de buffet ; il y a encore une personne derrière vous dans la file. Lorsque vous arrivez au niveau des desserts, vous constatez qu’il ne reste plus qu’une seule part de ce délicieux gâteau au chocolat que vous adorez. Qu’est ce qui en vous va faire que vous prendrez ou non la décision de vous saisir de la dernière part ? C’est la tendance que vous avez le plus alimentée dans votre esprit. Rappelez-vous, ce que l’on nourrit grandit. Si c’est la générosité que j’ai le plus alimenté, c’est vers cette réaction que je vais aller spontanément. Si c’est au contraire l’avidité, j’aurai la part de gâteau au fin fond de l’estomac avant d’avoir pu réaliser que je m’en suis saisie !


Par le développement de la présence, on peut voir plus clairement ces différentes forces en présence en nous et choisir celles que l’on souhaite renforcer, alimenter et celles que l’on souhaite tarir. A force de s’ouvrir encore et encore à ce qui se passe en soi d’instant en instant, on peut se rendre compte de l’effet que produit chacune de nos réactions. Et naturellement, nous allons progressivement préférer celles qui nous apportent plus de joie, de paix et de tranquillité et qui ont le même effet sur autrui. Si je suis présente d’instant en instant, je finirai nécessairement par constater que ces réactions découlent d’un comportement vertueux, d’un comportement juste. En effet, si je n’ai pas de remords par rapport à mes actions ou d’inquiétude par rapport aux conséquences de celles-ci, car elles ont été faites dans le respect de chacun.e, alors j’ai plus de chance que les causes et conditions pour que j’expérimente la sérénité soient de plus en plus souvent réunies.



Les piliers de la pratique


Les enseignements du Bouddha ont longtemps été transmis oralement. Pour en aider la mémorisation, beaucoup de ceux-ci se présentaient sous forme de listes. Lorsque l’on commence à s’y intéresser, on peut ainsi se sentir débordé.e tant il y a en a et tant elles se recoupent entre elles. Il s’agit en fait à mes yeux d’une sorte de tiroirs successifs, ouvrant les uns sur les autres, le dernier tiroir ramenant au premier. Les enseignements sont en fait une boucle, ils se répondent en écho : que quel que soit le fil que l’on choisit de tirer, il va dérouler pour nous l’entièreté du Dharma.

J’utilise donc personnellement ces listes comme des outils : il s’agit de choisir le bon au bon moment. Si je choisis une scie pour clouer un tableau au mur, je vais sans doute apporter plus de confusion que de clarté au processus...


La liste qu’il me paraît pertinente d’évoquer dans ce contexte est celle qui définit les trois piliers de la pratique. Un de mes enseignants m’a dit un jour que l’ordre de cette liste n’était pas arbitraire, mais qu’elle était classée en fonction des priorités, la première étant la plus importante.


Les trois piliers de la pratique sont : 1. La générosité

2. La moralité (dans le sens d’une conduite éthique)

3. La méditation


Il paraîtrait aberrant à un maître asiatique de nous voir pratiquer comme nous le faisons en Occident : mettant tous nos efforts sur la pratique exclusive de la méditation, en ignorant souvent les deux autres aspects qui prévalent pourtant sur celle-ci.

C’est comme si notre esprit était un taureau que nous avions délibérément placé dans l’arène et que nous essayions de le détendre par une pratique de la méditation alors même qu’un toréador - qui serait également nous-même! - déploierait au même instant tous ses efforts pour provoquer la charge de l’animal ! C’est un non-sens absolu, et pourtant nous faisons cela encore et encore et encore et encore.


Un joli exercice pratique pour développer la générosité que propose un autre de mes enseignants, Joseph Goldstein, est le suivant : l’invitation est d’agir sur une impulsion de générosité dès qu’elle se présente. Souvent nous avons l’idée de dire une parole douce à quelqu’un ou d’acheter quelque chose qui ferait plaisir à un autre, mais nous ne passons la plupart du temps pas à l’acte, par peur d’être ridicule, de ce que l’autre pourrait penser, par manque de temps... Si dès que j’ai une pensée généreuse, j’agis dessus, j’ai de plus en plus de chance que cela devienne la «réponse par défaut» de mon système.


Qu’est ce qui est entendu par moralité ? Dans le Potthapada Sutta et dans les autres discours auxquels il renvoie, cette notion est expliquée de manière fournie et complète, en faisant appel à plusieurs des listes évoquées plus haut, qui se répondent et se renforcent. Pour simplifier, il s’agit d’adopter une manière de vivre qui soit respectueuse, responsable, qui favorise la paix et l’entente plutôt que la compétition et l’envie et cela d’un bout à l’autre du processus, c’est à dire depuis notre vision des choses et nos pensées sur celles-ci jusqu’à nos actions dans le monde, en englobant notre pratique de la méditation.


Se conduire de manière juste ne signifie pas que je dois tout accepter d’autrui pour paraître agréable et sympathique à ses yeux. Il ne s’agit pas de rester en surface des choses mais d’aller inspecter nos profondeurs, pour découvrir les pensées et intentions moins nobles qui s’y cachent et les mettre à jour pour pouvoir les transformer. Je pense qu’il n’est pas possible d’être sincèrement doux.ce, respectueux.se et toute autre qualité tant que l’on n’a pas pleinement pris conscience de toutes les fois où nous ne le sommes pas. Il s’agit d’agir avec congruence et authenticité, tout en étant conscient.e et humble face à tout le chemin à parcourir encore pour vivre réellement de manière vertueuse. Il s’agit aussi de pouvoir énoncer ses limites avec respect mais de manière affirmée et sûre. C’est un entraînement : parfois c’est possible, et parfois la seule chose que l’on est en mesure de faire, c’est de hurler sur l’autre comme si nous étions possédé.e.s. Lorsque cela arrive, il s’agit simplement de présenter ses excuses, et de formuler en soi la volonté de parvenir à fonctionner de manière plus douce et équilibrée par la suite. Et de réellement fournir les efforts nécessaires en ce sens.



Cultiver la douceur pour soi et pour autrui


C’est la présence et la sagesse qui transforment progressivement les conditionnements de l’esprit. La présence récolte méticuleusement les données sur chaque expérience, la sagesse quant à elle intervient après avoir constaté encore et encore quelles causes créaient quelles conditions : elle lâche alors prise et nous libère des conduites qui ne sont pas bénéfiques, quand le moment est venu. C’est peut être difficile à comprendre tant qu’on ne l’a pas expérimenté pour soi, mais en réalité, nous ne faisons pas grand chose dans le processus. Si nous devions nous définir un but, ce serait celui de ramener encore et encore notre attention sur ce qui se déroule d’instant en instant, pour en être conscient.e, et choisir d’alimenter encore et encore les comportements qui nous apportent et apportent à autrui joie et sérénité, tout en affamant ce qui, en nous, ne va pas dans ce sens.


Lorsque l’on rencontre une période ou un instant particulièrement complexe pour soi, l’invitation peut être de se demander : «Comment est-ce que je peux me soutenir en cet instant ? Qu’est ce que je peux mettre en place pour moi-même, pour sentir que je ne suis pas seul.e et que je chemine vers une vie plus juste et plus heureux.se ?». Parfois, c’est une pratique formelle de Metta, pendant le temps qui nous convient. Parfois, c’est d’autres comportements qui sont des mises en action de cette énergie d’amour bienveillant : prendre le temps de mieux manger et de dormir davantage; prendre du temps seul.e pour soi, pour faire le point sur nos ressentis et nos besoins; avoir une discussion calme mais claire avec la personne avec laquelle nous avons actuellement une relation complexe, dans le but de pacifier les choses... La créativité est aussi un bon moyen de pouvoir réguler ce qui nous traverse, lorsque nous n’avons pas les ressources intérieures pour l’accueillir.


C’est parce que nous avons la volonté sincère de nourrir encore et encore une attitude douce et bienveillante vis-à-vis de nous-même, que nous sommes de plus en plus en mesure d’offrir la même chose à autrui, sans attendre un quelconque contre-don de sa part. Et parce que les graines que nous plantons en nous et autour de nous sont celles de la sincérité, de l’amour, de la patience, nous récoltons finalement dans nos vie des fruits du même goût.











Image réalisée par Helena Cuerva pour Pixabay

Merci à l'artiste !

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